Ecole, Education

L’enfant est un chercheur dehors

Dans le cadre du Projet Éducatif Territorial

Publié le

Interview de Sylvain Wagnon

Les enfants sont de plus en plus rares à évoluer seuls dans l’espace public et des municipalités veulent repenser leur aménagement urbain pour rendre la ville plus sûre.

Dans le cadre de son Projet Éducatif Territorial, la Ville de Tours invite Sylvain Wagnon, professeur des universités en sciences de l’éducation à Montpellier, pour une conférence-débat sur

La Ville à hauteur d’enfants,
mercredi 11 décembre à 18 h 30 à l’Hôtel de Ville (entrée libre).

Portrait Sylvain Wagnon
@SylvainWagnon

Tours Mag : Que signifie « développer une ville à hauteur d’enfants » ?

Sylvain Wagnon : Cela veut dire que les enfants puissent s’approprier l’espace public. Si la ville n’a jamais été vraiment pensée pour eux, ils ont été pourtant très présents comme on peut le voir dans le film Mon oncle de Jacques Tati (1958). La place donnée à l’automobile au détriment des espaces publics a fait que ce territoire leur est devenu de plus en plus hostile. On assiste aujourd’hui à une volonté de certaines villes de repenser l’espace
urbain comme un lieu partagé par toutes et tous et, en particulier par les enfants. Cela nous oblige aussi à dépenser notre propre histoire urbaine. Définir la « ville à hauteur d’enfants » implique de considérer leurs besoins, leurs perspectives et leurs expériences dans la conception, la planification et la gestion des espaces urbains.

T.M. : En quoi une ville plus apaisée peut-elle redonner plus de place aux enfants ?

S.W. : Le mouvement irréversible de végétalisation des villes, en réponse au changement climatique, illustre comment adapter nos espaces, qu’ils soient publics ou privés. La végétalisation des cours d’école, par exemple, fut l’occasion de se rendre compte que ce lieu était extrêmement genré, avec un rôle prédominant des garçons dans l’espace par rapport aux filles. C’est l’occasion de se dire que l’on peut créer plus d’égalité dans les espaces scolaires et publics. On voit très bien qu’il y a aussi une réflexion sur les rues scolaires piétonnisées en face des écoles. Une ville plus apaisée et bienveillante donne aux usagers, qu’ils soient enfants ou personnes âgées, un sentiment de sécurité. Il y a une phrase qu’on utilisait beaucoup jusqu’aux années 60 et beaucoup moins aujourd’hui, c’est « Va jouer dehors ! ». Il suffirait de repenser notre conception de la ville pour que les parents se sentent rassurés à l’idée de laisser leurs enfants jouer dehors.

T. M. : Y a-t-il des exemples de bonnes pratiques ?

S.W. : La Ville de Bâle (Suisse) a mis en oeuvre un réaménagement global de la ville avec le projet « les yeux à 1,20 m » [c’est la taille d’un enfant de 9 ans NDLR] conçu pour et avec les enfants. À Fano (Italie), le sociologue Francesco Tonucci a mené une réflexion sur un constat : la sécurité est un élément fondamental car tout parent est inquiet de laisser seuls ses enfants dehors. Une solution a été d’abord d’apaiser la circulation, puis de créer un réseau de commerçants avec un logo apposé à hauteur d’enfant. Celui-ci sait que, s’il est perdu, s’il est inquiet, s’il a besoin de prévenir ses parents ou d’aller aux toilettes, il aura un relais et pourra se déplacer en autonomie dans la ville. À Barcelone, dans le quartier de l’Eixample, la Ville a créé des « super-îlots » sans voiture sur certaines avenues et la population y a développé des activités comme des cours de yoga ou des aires de jeux pour les enfants (lire Tours Mag n° 234). Il y a un effet extrêmement démocratique car la population s’approprie l’espace à sa façon. À Montpellier, l’installation de bancs publics et de tables fixes de jeux d’échecs permettent de créer un lieu où les gens se retrouvent. Le fait de sortir, de jouer, de discuter, c’est aussi avoir des contacts forts.

Il y a une phrase qu’on utilisait beaucoup jusqu’aux années 60 et beaucoup moins aujourd’hui, c’est « va jouer dehors ! »

Sylvain Wagnon

Tours se mobilise pour les droits des enfants

À la suite d’une délibération du Conseil municipal du 7 octobre, la Ville a signé une convention de collaboration territoriale avec l’Unicef pour « remettre les droits de l’enfant au coeur de la politique de la Ville ». Elle s’engage à favoriser la participation et l’engagement des jeunes (assemblées des jeunes citoyens, budget participatif, conseils d’enfants…), à promouvoir les droits de l’enfant et à accompagner l’Unicef dans ses actions à Tours. À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, deux temps forts, organisés à l’Hôtel de Ville, ont réuni les enfants des accueils de loisirs (mercredi 20 novembre) et le grand public (samedi 23 novembre).
https://www.villeamiedesenfants.fr/

Repères

  • 67 % des filles et 49 % des garçons de 6 à 17 ans n’atteignent pas les recommandations quotidiennes d’activité physique.
    (Source : onaps.fr, 2024)
  • Le temps de jeu des enfants à l’extérieur a fortement réduit : de 3 à 4 h par jour dans les années 1960, il est passé aujourd’hui à 47 min en moyenne, dont 29 min de manière autonome.
    (Source : Fondation Pro Juventute, 2019)
  • Sur les 30 dernières années, la proportion de déplacements à pied des enfants et adolescents de plus de 6 ans pour se rendre à l’école est passée de 52,1 % à 32,3 %. La proportion de déplacements à vélo a diminué de plus de la moitié, passant de 7,5 % à 3,3 %.
    (Source : onaps.fr, 2019)
  • En 40 ans, les collégiens ont perdu 25 % de leur condition physique. En 1971, ils couraient 600 m en 3 min, en 2013, pour la même distance, il leur fallait 4 min.
    (Source : fedecardio.org, 2017)

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