Une ambition nationale pour la danse contemporaine
ue la danse, associée volontiers à la légèreté des corps en mouvement, se rapporte à un projet plombant durablement les finances locales, eût été malheureux. Pour le maire de Tours Emmanuel Denis, c’est ce qui se dessinait clairement lorsqu’il a pris la décision de stopper le projet de création d’un grand centre chorégraphique très attendu aux Beaumonts et mûri depuis 2016 : « Ma responsabilité vis-à-vis des habitants est que chaque euro investi soit bien dépensé.
À quoi bon un bel équipement si derrière, parce qu’il a été surdimensionné, avec des coûts de fonctionnement trop importants, celui-ci est voué à péricliter ? »
Pour rappel, poursuit-il, « le projet, au départ, c’était 23 M€ ; celui que nous proposons, retravaillé avec l’ensemble de nos partenaires, permet de réaliser une économie de 30 %. Cela représente 6 M€, soit la rénovation thermique de trois écoles. C’est considérable. Moins volumineux, le nouveau CCNT n’en sera pas moins fonctionnel pour ses équipes artistiques et techniques, ni moins ambitieux, avec toujours la présence d’un studio annexe dévolu aux scolaires et aux résidences d’artistes. »
Dans un bâtiment de 16 m de hauteur (ramené à 10 m à présent), la grande salle disposait à l’origine de 400 places ; elle en perd la moitié. Si, de fait, l’équipement sera moins énergivore et plus écologique (matériaux biosourcés et recyclables), « une réflexion est déjà engagée pour garantir aux futurs spectacles de grande jauge de trouver leur place dans la programmation de lieux culturels métropolitains existants tels le théâtre Olympia, la Pléiade, le Palais des congrès, ou encore l’espace Malraux ».
Le mouvement parfait
Les missions du CCNT (création, diffusion, production, accueil de compagnies invitées, éducation artistique et culturelle) seront remplies dans de bien meilleures conditions qu’actuellement rue du Sergent Leclerc, excentré et mal desservi, étriqué et obsolète. C’est là l’essentiel objectif.
Si quelqu’un sait ce qu’implique la recherche du point d’équilibre, c’est Thomas Lebrun, directeur et chorégraphe du CCNT. Sa posture toujours constructive a contribué à ce que rien ne s’écroule. Depuis dix ans, il accompagne ce grand mouvement vers l’ex-quartier des casernes à l’angle des rues Richet et Walvein, des Beaumont, du futur groupe scolaire Maryse-Bastié et du futur arrêt de la ligne 2 du tram. Le mandat du chorégraphe prend fin décembre 2026. La Ville et ses partenaires appuient, à titre exceptionnel, sa reconduction pour accompagner le lancement de ce nouvel équipement. Cette élégance lui offrirait le plaisir d’un dernier geste : remettre lui-même les clés à son successeur et clore le très long ballet des réunions techniques et financières auxquelles, depuis dix ans il est toujours associé : « Rien n’est fait pour l’heure, dit-il, et quoi qu’il en soit, c’est l’effort de toute une équipe que cette réalisation récompensera. J’espère pouvoir vous donner rendez-vous dans trois ans pour la pose de la première pierre. » L’inauguration en 2029 d’un tel équipement en France fait déjà figure d’exception dans le paysage culturel français.
Ce projet-ci fut suffisamment « fort » pour être défendu à l’unanimité. « Sur les 17,7 M€ finalement engagés, 72 % sont financés par l’État, la Région et la Métropole, précise le maire, convaincu, à l’instar du vice-président de Tours Métropole, Cédric de Oliveira, délégué aux équipements culturels, qu’en des temps tristement guerriers, « la culture est encore le seul motif valable de se battre », et a minima de se contorsionner pour que la danse survive. L’équipe du CCNT, toujours motivée, demeure en embuscade, toujours prête à faire d’un chemin tortueux le prétexte d’un parcours chorégraphié résolument vivant.