Le quartier du Sanitas trouve son origine dès le 12e siècle. À cette époque la lèpre fait rage et une léproserie (bâtiment destiné à accueillir les malades de la lèpre) est bâtie au sud de la ville. L’aspect repoussant des malades et la crainte de contamination explique l’éloignement géographique des léproseries par la société médiévale. La léproserie est constituée de la Chapelle Saint-Lazare (le Saint protecteur des lépreux) ainsi que de plusieurs bâtiments dans lesquels logent les lépreux. La léproserie est réservée en priorité aux Tourangeaux de naissance, condamnant les autres malades à errer de ville en ville. La nette régression de la lèpre à partir du 14e siècle fait place au retour d’une épidémie ayant déjà sévi en Touraine six siècles auparavant : la peste.
La léproserie est alors devenue maladrerie, accueillant les pestiférés. Le mot « Sanitas » d’origine latine signifiant « santé » est à cette époque un terme générique pour désigner ce type d’établissement. Malgré la présence de quelques fermes, la maladrerie représente la principale activité de ce secteur, c’est pourquoi ce quartier prendra peu à peu le nom de Sanitas (ou Sanitas-Varenne du nom de la plaine alluviale entre la Loire et le Cher).
À la fin du 17ᵉ siècle, la peste disparaît totalement de la région. À la Révolution française, la maladrerie et sa chapelle seront revendues comme bien national puis démembrées en deux lots. Elle appartiendra notamment à Bernard-François Balzac, père du célèbre écrivain.
En 1656, un second Sanitas sera construit, il servira à mettre en quarantaine toutes les marchandises qu’importait la ville. Ce bâtiment donnera son nom à l’actuelle rue du Sanitas. À quelques mètres de ce nouveau Sanitas, la métairie la Motte-Gesdon deviendra au début du 19e siècle la laiterie de la Belle-Fille.
19e et 20e siècles : le train et la guerre viennent bouleverser profondément le quartier
La première gare terminus de Tours apparaît en 1846 pour la compagnie du Chemin de fer d’Orléans. En 1875, la compagnie des chemins de fer de Vendée construit à l’ouest des infrastructures initiales son propre embarcadère, qui accroît de 20 hectares supplémentaires l’emprise des rails, qui était déjà considérable. En 1889, les infrastructures ferroviaires sont définies par les actuelles rues Blaise Pascal, Édouard Vaillant, boulevard Heurteloup et rue du Sanitas. La première passerelle fournier voit le jour en 1891, reliant les rues Édouard Vaillant et Blaise Pascal. Elle a pour but de pallier les problèmes de communication entre les quartiers.
En 1885, les deux gares terminus de la compagnie des chemins de fer d’Orléans et de la compagnie des Chemins de fer de Vendée fusionnent. Ainsi, en 1890, s’achève la construction d’un nouveau dépôt des machines de forme rectangulaire, auquel sera ajouté en 1898 la construction d’une rotonde attenante. Cette installation donnera son nom au secteur de la Rotonde, qui a gardé sa forme triangulaire, le gymnase de la Rotonde étant un vestige du dépôt des machines.
À cette époque, le quartier du Sanitas est hautement peuplé d’ouvriers travaillant dans le domaine ferroviaire. Les infrastructures ferroviaires ne cesseront de s’étendre jusqu’en 1930. Les bombardements alliés de la nuit du 19 au 20 mai 1944 touchent fortement les infrastructures ferroviaires de la ville de Tours, anciennement occupée. Seule la façade de la gare est épargnée, le reste du complexe ferroviaire, notamment les ateliers de réparation des locomotives et le dépôt, sont fortement impactés. Le parc ferroviaire de Tours n’est pas entièrement reconstruit, et le projet d’une gare unique entre Tours et Saint-Pierre des Corps voit de nouveau le jour. Les destructions paraissent être l’occasion de désenclaver les quartiers est et ouest de la ville, en les libérant de l’emprise ferroviaire.
Tours n’étant pas prête à se séparer de sa gare, le projet est suspendu. La majorité des infrastructures seront transférées à la gare de Saint-Pierre-des-Corps et la passerelle Fournier sera réhabilité en 1952.
La même année, les ateliers cesseront toute activité. Dès lors, la ville se porte acquéreur des terrains partiellement libérés. L’espace laissé par l’emprise ferroviaire offrira le terrain idéal pour construire le grand ensemble du quartier du Sanitas.
DDéclarée sinistrée en 1940, la Ville de Tours s’est dotée d’un premier plan de reconstruction en 1941. Suite aux importantes destructions de 1943 et 1944, l‘urbaniste Jean Dorian se voit confier un nouveau projet qui concerne notamment les voies ferrées et les entrepôts SNCF. L’ampleur du projet du quartier du Sanitas explique en partie la multiplicité des acteurs et la complexité des enjeux. En 1954, l’État prend le contrôle sur la gestion de l’urbanisme et nomme Jacques Henri-Labourdette comme architecte chef pour le quartier du Sanitas. En 1955, Jacques Henri-Labourdette propose un plan d’ensemble des zones libérées d’approximativement 70 hectares. Ce plan conserve les axes de l’avenue Charles de Gaulle et du Maréchal de Lattre de Tassigny qui agiront comme ossature du quartier. Les choix architecturaux sur traduisent par une alternance de barres et de tours qui offriront dans un premier temps 811 logements. Les travaux pour la construction de la première tranche ont débuté en juin 1958.
Douze immeubles sont érigés : deux de dix étages (dont la tour Theuriet) et dix de quatre étages. Les logements sont de deux catégories : les éconors (logements économiques normalisés) et les HLM (Habitats à Loyers modérés). Tous offrent cependant un confort novateur, banalisant notamment les salles d’eau et les toilettes et réduisant la taille des cuisines, n’en faisant plus des pièces où l’on dîne mais simplement des pièces où l’on confectionne les repas. La mise en location de ces immeubles à lieu en janvier 1959, soit 201 jours seulement après la pause de la première pierre des travaux. En 1959, les travaux du secteur de la rotonde débutent. 400 logements seront construits et accessibles à partir de 1961. Ce secteur tient son nom de la rotonde, bâtiment circulaire destiné à remiser les locomotives, qui s’y trouvait auparavant.
En 1961, l’achèvement d’une seconde tranche des travaux aura permis la construction de 1 279 logements supplémentaires et de nouveaux logement HLM appelés HLM type B voient le jour, plus vastes que les précédents. En 1965 s’érige la tour U, haute de 71 mètres, la plus haute du quartier.
À la même période, entre 1966 et 1972 sont également crées les logements de la cité Christophe Colomb, aux abords de la place Meffre. La dernière tranche de construction du Sanitas est bâtie en 1970 avec la cité Pasteur qui représente 294 logements organisés en barres autour d’une tour de 12 étages.
La vie au Sanitas
Le Palais des sports a ouvert au public en 1956, il ne possédait à l’époque qu’une seule salle pouvant accueillir 3 500 personnes dans les gradins. En 1968, ce site devient un lieu d’accueil multisports. En 1962, le hall sportif de l’Association sportive corporative de la SNCF devient le gymnase de la Rotonde.
En 1965, une cité universitaire est achevée pour faire face à l’augmentation de l’activité universitaire en cours depuis 1960. Une population jeune investie également fortement le quartier, ce qui impose la création de groupes scolaires. L’école maternelle Marie Curie et le groupe scolaire Blaise Pascal Diderot accueilleront des enfants dès 1959. Ces groupes seront suivis par le groupe scolaire Pasteur en 1961, l’école élémentaire Claude Bernard et le collège Michelet en 1964 ainsi que le collège Pasteur en 1969.
En 1959, une chaufferie a été mise en service. Elle permet d’éviter la « corvée de charbon » aux locataires et d’assurer aux appartements d’avoir une température constante l’hiver. En 1963, la chaufferie répond aux besoins de 56 bâtiments, 4 écoles et quelques équipements collectifs. Le premier marché s’est tenu à Saint-Paul en 1896, place Thiers. Il se déplacera à la place du commandant Tulsane en 1953 où il aura plus d’espace et c’est en 1973 que le marché de Saint-Paul prendra son emplacement actuel en 1973, près de l’église Saint-Paul (bénie en 1972).
La population du Sanitas évolue au fil des années. Aux origines du quartier, les habitants étaient issus des classes moyennes et exerçaient un large panel de professions. Comme dans de nombreux quartiers d’habitat social, les difficultés économiques entraînent l’accueil d’une population plus fragile et plus diversifiée. Depuis le début des années 1980, de nombreuses opération d’aménagement sont menées afin d’améliorer les conditions de vie des habitants (mise aux normes des installations intérieures, plomberie électricité, réaménagent des hall, mise en place d’interphones et contrôle d’accès, création d’ascenseurs, travaux d’isolation thermique, aménagement des espaces extérieurs…). Le centre de vie du Sanitas a été créé en 1993 suite à un incendie accidentel qui aura détruit une partie de l’ancien centre commercial. Il ouvrira en 1996. Le centre de vie regroupe entre autres la mission locale, un pôle santé, une bibliothèque, une salle polyvalente et une crèche.
La densité de l’habitat conduit à la démolition de la tour Theuriet en 2005. Cet immeuble de 10 étages sera remplacé à la demande des habitants par un jardin exotique inauguré en 2007, dont le microclimat causé par les barres qui l’entourent permet aux 120 espèces de plantes exotiques de passer l’hiver.