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Le maire de Tours Emmanuel Denis à Veloop en présence du président de la Région, François Bonneau. © Ville de Tours - F. Lafite

Économie locale

Entreprendre plus justement

Economie Sociale et Solidaire

Publié le

Novembre est le mois de l’Économie sociale et solidaire. Du Menneton au tiers-lieu des Beaumonts, l’ESS, illustre, à divers niveaux, une nouvelle manière d’entreprendre résolument humaniste.

Beaucoup de gens participent de l’Économie sociale et solidaire (ESS) sans parfois en avoir conscience. Depuis la « loi Hamon » votée il y a 20 ans, cette nouvelle démarche d’entreprendre en région est tout sauf négligeable. Sur Tours, l’ESS représente 13,6 % des emplois, 12 % sur la Métropole, soit deux points de plus que l’industrie. Le concept désigne un ensemble d’entreprises organisées sous forme de coopératives, mutuelles, associations, ou fondations. À Tours, l’ESS, c’est à 82 % des associations, c’est pourquoi on parle moins de l’ESS que du secteur associatif.

C’est pourtant l’introduction du mot « économie » adossé à « une recherche d’utilité sociale, une gouvernance démocratique, un réinvestissement des bénéfices et des réserves impartageables » (art. 1) qui est à l’origine d’une petite révolution culturelle aux potentiels grands effets. Pour exemple, « la structuration d’un renouveau économique autour de la SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) Veloop, du vélo et du réemploi à l’intérieur de la zone du Menneton, cite Florian Hemme, conseiller municipal délégué aux affaires économiques. La Ville la soutient aux côtés de la Société d’équipement de la Touraine (SET), de la Métropole et de la CRESS. Le 31 juillet, cette filière émergente a ainsi été reconnue Pôle territorial de coopération économique (PTCE), gage d’un soutien financier de l’État, nécessaire pour revitaliser ce secteur, accompagner enfin sa reconversion. »

Optimiser les énergies

Chef de projet au sein d’ID37 (www.id37.fr), Axel Petibon développe le dispositif Id’Fabrique, la Fabrique à initiatives de Touraine qui incarne « une interface entre les acteurs publics, les entreprises, les associations et les citoyens, c’est pourquoi nous avons été sollicités pour co-construire la structuration du tiers-lieu des Beaumonts ».

Attentive à sa pérennité, Christine Blet, adjointe au maire déléguée entre autres aux tiers-lieux sur Tours, convient que « sa réussite tiendra à son équilibre financier autant qu’aux liens tissés par ses occupants avec les habitants ». Les Beaumonts et ses ateliers partagés se sont, pour l’heure, fondus dans les couleurs d’un écosystème associatif local tourné lui aussi vers le réemploi. On y retrouve Tarabiscot (travail du bois récupéré), Ça Roule Vélo et La P’tite Boucle (réparations de vélos) et Low-Tech Touraine. « Dans l’après-Covid, souligne Axel Petibon, la mobilisation des bénévoles de plus de 65 ans s’est sensiblement amoindrie. Si l’engagement des 18-30 ans est à la hausse, il ne compense pas la disponibilité jadis quasi quotidienne de nos aînés. » Or, ce sont les bénévoles qui portent grandement l’ESS. Il s’agit dorénavant d’optimiser efficacement leur investissement.

Révolution ESS : mode d’emploi

« Devenir une entreprise solidaire d’utilité sociale est une question qui se pose aux associations. L’agrément donne accès à l’épargne solidaire et à des réductions d’impôt pour leurs investisseurs », précise Simon Bouret, chargé de mission de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS). Le Mouvement associatif (LMa), le réseau Guid’Asso et ses coanimateurs départementaux (Ligue de l’enseignement, Service Départemental Jeunesse Engagement Sport et ID37) et ses relais locaux (le BIJ, le CLAAC, Puzzle) soutiennent tous porteurs de projets ESS, lesquels peuvent compter sur les cinq banques coopératives les plus connues présentes à Tours (www.entreprises.coop/les-banquescooperatives).

Tout comprendre des enjeux de l’ESS sur www.cresscentre.org

Agir pour faire sens

Boulevard Louis XI, Le Troglo, supermarché coopératif, l’a bien compris. Ses 600 coopérateurs-consommateurs sont invités à lui consacrer seulement trois heures de leur temps par mois, mais doivent s’y tenir. C’est le contrat.
Ses problématiques de trésorerie et de RH restent celles d’une entreprise. Nul n’est là pour jouer à la marchande. Pour autant, il s’agit bien de transformer en acte collectif ce qui fait sens pour eux : soutenir les producteurs locaux. Le Troglo valorise par ailleurs les compétences de ses coopérateurs, prête ses salles de réunion aux associations adhérentes et amplifie ce sentiment moteur d’être utile dans un esprit « tiers-lieu » assumé, celui du partage de savoir-faire et de l’intelligence collective.

Couturer l’entraide

Chantre du réemploi, La Charpentière (rue Fromentel), en un an, aura recyclé près de 100 tonnes d’objets donnés par les habitants plutôt que jetés à la Déchetterie, « ce que défend le syndicat Touraine Propre », insiste le président du syndicat Touraine Propre, Martin Cohen. « Reste à soulager ce type de structures du loyer à payer très fragilisant ».

L’adjoint au maire et vice-président de Tours Métropole délégué à la transition écologique et énergétique évoque « la création de ressourceries métropolitaines pouvant demain leur être confiées, nécessaires pour acter un changement de normes : penser à l’occasion avant d’acheter neuf. C’est lutter contre la surconsommation et le gaspillage. Du côté du vêtement, on sent déjà une bascule. »

Qui dit réemploi de produits textiles, dit Active, rue Saint-François. L’association appartient à la famille des Structures d’insertion par l’activité économique (SIAE), et par la voix de sa directrice Stéphanie Lefief, celle-ci insiste, plutôt que sur la notion de rentabilité, sur la solidarité des structures ESS entre elles. Ainsi, le projet récent de Coline Ammar, coordinatrice du centre social Maryse-Bastié : « En réponse à un appel d’offres sur le « bien-manger, Coline a sollicité notre atelier couture. Nous avons fourni le contenant : panier en bâches recyclées, pour rendre accessible aux habitants du quartier, des paniers de fruits et légumes issus du chantier d’insertion Atouts et Perspectives situé à Mettray, à prix réduit. » Cette coopération illustre, parmi d’autres, la façon dont l’ESS, « couture », et le social, et le solidaire, d’abord pour que rien ne craque, ensuite pour que le « patron » d’une économie circulaire se dessine, habillant la société d’une essentielle humanité.

L’effervescence tourangelle

« En Touraine, notre communauté d’entrepreneurs engagés (Faire Mouvement 37) est très active », confirme Tiphaine Bressac, de France Active Val de Loire. Cette association régionale d’accompagnement sur les questions financières et économiques propose « 18 mois d’accompagnement dans l’écriture d’une stratégie pour devenir une entreprise de l’ESS viable sur le long terme et utile sur le territoire. » Autre outil : la plateforme de financement participatif Efferve’sens.

Découvrez et soutenez les projets ESS tourangeaux sur : effervesens-centrevaldeloire.org/

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