Éducation populaire : apprendre et construire ensemble
Permettre à chacun d’apprendre,
de développer ses capacités et de participer activement à la vie de la société : voilà tout l’enjeu de l’éducation populaire. À travers son tiers-lieu Les Beaumonts, ses bibliothèques et ses centres sociaux, la municipalité s’engage
à favoriser l’accès à la culture, au savoir et à l’engagement citoyen
pour toutes et tous.
Publié le
Les Beaumonts
Un laboratoire d’initiatives citoyennes
Depuis 2022, le tiers-lieu Les Beaumonts accueille des activités créatives, solidaires et écologiques. Le principe de la « programmation ouverte » guide le fonctionnement du lieu grâce à une permanence le mardi, tenue par Léa Finot et Jade Delage, qui coordonnent le projet pour la Société d’équipement de la Touraine (SET), aménageur du site. « Les lieux sont mis à disposition avec un tarif réduit pour les associations, structures de l’économie sociale et solidaire et les habitants ; certains projets caritatifs, scolaires ou d’animation de quartier sont accueillis gratuitement. » Pour Anne Désiré, conseillère municipale, « on a grand besoin aujourd’hui d’avoir des lieux comme celui-là où on peut rêver, expérimenter, innover, inventer… ». Son propos fait écho à celui de son collègue élu, Stéphane Houques : « Dans les quartiers en construction, il fallait attendre l’arrivée des résidents pour s’interroger sur un lieu où ils pourraient se retrouver. Nous avons fait le choix inverse : utiliser les anciennes écuries au milieu d’une friche et laisser la population en faire un lieu emblématique. »
« Les Beaumonts : je kiffe !, s’exclame Marie-Jo, habitante de Maryse-Bastié. J’y passe mes après-midi et j’y ai découvert des choses insoupçonnées comme l’atelier de construction du bateau-scène ou le festival international du “papier peint peint” avec l’artiste Nico Nu. » Le plasticien a passé le printemps aux Beaumonts pour habiller les plots béton valençay de la place Anatole-France avec ses silhouettes vertes, bleues, jaunes et roses. Le tiers-lieu a servi à l’éclosion de projets, comme celui de l’atelier partagé porté par trois structures : Tarabiscot, la P’tite Boucle et Low Tech Touraine. « Chacune cherchait un lieu et nos valeurs étaient les mêmes : inclusivité, partage, mutualisation, économie circulaire », évoque Camille Justeau-Morellet, président de Low Tech Touraine. Il a fallu un an et pas mal d’huile de coude pour aménager l’atelier pour la saison 4 des Beaumonts. Le financement, par le Budget participatif de la Ville de Tours (70 000 €) et du Département (30 000 €), a été décisif pour acquérir les machines à travailler le bois, le métal et le petit matériel électroportatif.
De l’expérimentation et à la pérennisation
La question de l’avenir du tiers-lieu se pose aujourd’hui. La Ville de Tours et la SET ont fait appel à ID37 pour accompagner la réflexion sur le modèle pérenne de fonctionnement du tiers-lieu. Un groupe-projet composé de citoyens et d’associations se retrouve pour en définir le modèle économique et la gouvernance. « Le défi, c’est de garder l’esprit de l’expérimentation sociale et culturelle voulue par la Ville pour faire couture entre les quartiers et atteindre une pérennisation socioéconomique, détaille Axel Petibon d’ID37. Beaucoup d’usagers sont fragiles car il s’agit d’autoentreprises ou d’associations sans salariés. » Le volet immobilier est travaillé avec la foncière solidaire ETIC dont l’objectif est, partant de l’esprit à préserver, « d’apporter un regard extérieur neuf afin de trouver un modèle stable et durable », comme l’explique Adrien Roques d’ETIC.
On peut se réjouir d’avoir réuni 55 000 personnes en 3 ans aux Beaumonts dans un lieu auparavant inaccessible. Nous en avons fait un tiers-lieu au coeur de Rabelais, Maryse-Bastié, des Prébendes, de Tonnellé et du futur quartier les Beaumonts. Que va devenir ce lieu ? Qui va le gérer ? L’histoire est en train de s’écrire avec les usagers et les habitants.
Christine Blet, adjointe du quartier Tours ouest, déléguée à l’éducation populaire, à la lecture publique et aux tiers-lieux.
Les Beaumonts saison 4, c’est parti jusqu’en octobre. Rendez-vous samedi 12 avril de 15 h à 23 h pour la fête d’ouverture labellisée « Tours sur Loire » : musique (mix électro, Dj set, concert…), ateliers (jeux, expo, visites, démonstrations…), bar et restauration locale. Le public découvrira le bateau-scène de Marco Pillitteri(lire Tours Mag n°241), aménagé cet hiver avant sa mise à l’eau au printemps. Accès par le 28 rue du Capitaine-Pougnon.
La lecture publique pour faciliter l’accès au savoir
Les bibliothèques et médiathèques ne sont pas seulement des lieux de prêt, ce sont aussi des espaces de formation, de débats et de transmission des savoirs sous différentes formes. Tout au long de l’année, des ateliers, conférences et expositions proposent une diversité des contenus ouverts à tous les publics, y compris les plus éloignés de la culture écrite. La lecture publique, en donnant accès à une diversité de sources et de points de vue, permet aux citoyens de se forger une opinion éclairée.
Ancrer la lecture publique dans les quartiers
L’opération « Des livres à soi » du Salon du Livre Jeunesse de Montreuil est cofinancée par le ministère de la Culture. À la médiathèque François-Mitterrand, elle propose d’aider des parents à constituer une bibliothèque d’ouvrages jeunesse. « Les difficultés de lecture ou de maîtrise du français ne sont pas un obstacle, explique Danielle Boutet, bibliothécaire. La littérature jeunesse est riche avec les abécédaires, imagiers, livres pop-up… » Une quinzaine de parents, orientés par le réseau parentalité de Tours nord, se retrouvent chaque mois pour des lectures et des visites. « À la fin du cycle, on aimerait que chacun prenne le temps de partager un livre avec son enfant. » Le dispositif devrait se déployer aux Rives du Cher en 2026.
Christine Blet, adjointe déléguée à la lecture publique, note un manque dans la cartographie des bibliothèques municipales : « Il n’y a pas de lieu de lecture publique à Tours ouest car ces quartiers ne disposent pas de bibliothèque municipale contrairement au reste de la ville. C’est un héritage de l’histoire et nous ne pourrons pas financer un nouvel établissement. » Pourtant, l’élue veut s’appuyer sur la ludothèque-bibliothèque du centre social Maryse-Bastié (la « Maison des Familles ») et la « bid’rue » itinérante pour ancrer la lecture dans les quartiers. Des rencontres sont en cours. Un projet qui tient à cœur de l’adjointe, qui conçoit les bibliothèques à la fois comme des lieux ancrés dans leur quartier et pour lutter contre l’illettrisme. L’élue porte le projet d’une « gratuité pour toutes et tous, partant du principe que la lecture publique est un service public à part entière comme l’école. L’accès à nos bibliothèques doit être gratuit à court ou moyen terme. »
Des services plus pratiques pour les usagers
Dans les rayonnages, le tournant est arrivé avec le changement de logiciel en 2023. Les lecteurs peuvent réserver un document dans l’un des 7 sites du réseau et le transférer dans sa bibliothèque habituelle. Plus de 205 000 documents ont circulé l’an dernier (25 % des prêts). Pour y parvenir, un centre de tri est aménagé dans les entrailles de la bibliothèque centrale. Avec les boîtes de retour 24 h/24 (bibliothèque centrale et médiathèque François-Mitterrand), c’est un « véritable service qui simplifie la vie des usagers », rappelle Jean-Charles Niclas, le directeur des bibliothèques municipales.
La bibliothèque vient à vous
Les bibliothèques se transforment et innovent, en allant directement à la rencontre des Tourangelles et des Tourangeaux. Pour toucher un public plus large, elles sortent de leurs murs et investissent de nouveaux espaces, créant ainsi des liens inédits. La bibliothèque sera présente sur plusieurs événements : du 27 au 29 juin au parc des expositions pour le « Japan Tours Festival », du 7 au 20 juillet sur la friche de la Rotonde après le succès de l’action de la bibliothèque-ludothèque l’été dernier, dans les parcs de 10 h à 12 h pour « Partir en Livre » (le 8 juillet à la Cousinerie, le 10 juillet au Botanique et le 18 juillet à la Gloriette) et le 6 septembre lors du « Jardin botanique aux couleurs du Japon ».
Je souhaite aller chercher des habitants qui ne fréquentent pas ce service public et amplifier la démarche collaborative avec les associations de quartier, les assistantes maternelles et les centres sociaux. La gratuité sera un levier. J’aimerais développer le prêt de jeux de société à partir de 2026 car il est plus que jamais nécessaire de se retrouver pour échanger et partager.
Christine Blet, adjointe du quartier Tours ouest, déléguée à l’éducation populaire, à la lecture publique et aux tiers-lieux.
Les Jeudis : des conférences thématiques gratuites
Jeudis de la santé, jeudis de l’histoire, jeudis de l’écologie… Chaque mois, la Ville de Tours vous invite à élargir vos horizons, en présence d’experts passionnés, médecins, scientifiques ou historiens. Ces conférences thématiques gratuites offrent à chacun l’opportunité d’accéder à des connaissances, d’échanger, de comprendre et d’agir pour un avenir plus éclairé.
Magali Attiogbé, illustratrice en résidence
Livre Passerelle œuvre pour valoriser le livre et la littérature en Indre-et-Loire et propose, depuis 2009, une résidence d’auteur soutenue par la Région, la DRAC, Ciclic et la Ville de Tours qui met un ancien appartement d’instituteur à disposition. Magali Attiogbé y résidera en juin et cet automne. « J’aurai la liberté de m’organiser pour mettre en forme mes notes et dessins rassemblés autour du métissage, de la double culture et de la diaspora afro descendante. » Les rencontres dans les écoles et les bibliothèques vont nourrir la Franco-Togolaise. « On y parlera de la joie : un sujet mystérieux que l’on ne prend pas assez au sérieux. » Son dernier ouvrage : « La Lettre de Léon » (3-6 ans), Amaterra éd. livrepasserelle.fr et magaliattiogbe.net
Centres sociaux et associations : des acteurs clés de l’éducation populaire
La Ville de Tours s’engage en faveur d’une société plus inclusive et solidaire. Au coeur de cette ambition, les centres sociaux jouent un rôle essentiel, en synergie avec un tissu associatif dynamique. Cette cohérence d’action, portée par la participation citoyenne et l’échange de savoirs, irrigue les quartiers et contribue à l’épanouissement de chacun.
Investir les Beaumonts, pour le centre social Maryse-Bastié, c’était une évidence. « La première opération a été organisée avec les accueils de loisirs, se souvient Marie Pelette, chargée de médiation sociale au centre social. On avait invité les parents à venir y chercher les enfants et c’était la première fois que beaucoup franchissaient le mur des casernes. » Cette initiative a permis de créer du lien entre les habitants, tout comme à Rochepinard, où l’idée d’un jardin partagé éco-pédagogique de 350 m² a rassemblé le centre de Avec « Un été au Sanitas », la Ville de Tours déploie une occupation temporaire culturelle, sportive et sociale à la Rotonde et, ici, au Hallebardier. loisirs, l’Espace de vie sociale (EVS), l’école Flaubert et Arborésciences, association d’éducation aux sciences et à l’environnement. « Le jardin Bouzignac, c’est un peu le jardin de tout le monde, raconte Julie Gatesoupe de l’EVS Rochepinard. Les enfants y jouent, on y organise la fête de quartier, la séance de cinéma en plein air et on installera notre chalet en juillet. »
Au Sanitas, les habitants se mobilisent autour de la transformation urbaine, grâce au programme d’animations déployé sur la friche du Hallebardier, coordonné par l’Archipel avec le centre social Plurielles et les acteurs locaux. Tatum Ragues (l’Archipel) salue la mobilisation des habitants. « La friche du Hallebardier est inscrite sur leur calendrier. Des compagnies nous contactent pour des projets et, cet hiver, des habitants m’ont envoyé des photos en demandant : alors, ça démarre quand ? » Rendez-vous en juillet prochain !
1 240 000 € C’est le montant de la subvention municipale versée en 2025 aux 5 centres sociaux (Fontaines, Bords de Loire, Maryse-Bastié, Europe, Sanitas) et aux 3 espaces de vie sociale (Rives du Cher, Rochepinard, Tourettes). Un montant en hausse constante chaque année depuis 2020 (+ 312 500 €).
Transmission des savoirs et des pratiques
À travers des actions de sensibilisation, les associations peuvent amener les citoyens à comprendre les enjeux écologiques et à réfléchir collectivement aux solutions à mettre en œuvre, tant à l’échelle locale qu’à l’échelle globale. Ainsi, en matière d’éducation à l’environnement, la Ville collabore avec des associations comme Arborésciences, la LPO Touraine, la Maison de la Loire, la SEPANT, Zéro Déchets Touraine, Ligeria Nature, Biodivercity, Couleurs Sauvages, Graines et Canopées… En janvier, la Ville a également contribué à l’accueil des ateliers de la Fresque du Climat qui ont réuni 200 personnes. Avec les Francas, elle développe le « BAFA de Territoire », cofinancé par le programme de Cité Éducative du Sanitas, qui prépare 16 jeunes aux métiers d’animateurs en centre de loisirs.
Enfin, la Ville soutient la Ligue de l’Enseignement qui organise du 4 au 6 juillet prochain, sur l’île Balzac la 3e édition de son festival d’éducation populaire « Kan Ya Makan ». Encore un exemple concret de co-construction entre les centres sociaux, les associations et les habitants. En privilégiant l’échange de savoirs et la participation de tous, la Ville de Tours permet à chacun de développer son esprit critique et sa capacité à agir. En offrant à tous les citoyens les outils de l’émancipation, la Ville de Tours affirme sa vision d’une société où chacun peut pleinement s’épanouir.
En 2025, les priorités municipales pour les centres sociaux sont l’animation du territoire, la cohésion sociale et la mixité des publics, la lutte contre les exclusions et l’accès aux droits, l’accompagnement des projets d’habitants et leur implication dans la vie locale. Les contrats d’objectifs prévoient aussi d’intégrer les actions conduites dans le cadre du Contrat de Ville autour de la jeunesse, de l’insertion et de la parentalité.
Marie Quinton, adjointe déléguée au logement, à la politique de la ville et à la lutte contre l’exclusion
Pop’Up Citoyenneté : l’innovation des quartiers
Les 4 et 5 juillet, la Région organise les rencontres régionales de la démocratie permanente et de l’éducation populaire « Pop’Up Citoyenneté » à Tours. Si le vendredi réunira les acteurs du Centre-Val de Loire au 37e Parallèle, la journée du samedi fera la part belle aux initiatives tourangelles en centre-ville car la municipalité a fait de la participation citoyenne son ADN. « J’ai à cœur que la population participe activement et nous fasse partager les innovations dans nos quartiers », explique Annaelle Schaller, adjointe qui évoque « les actions des Assemblées de Tours, de l’Assemblée des jeunes citoyennes et citoyens, les projets financés par le Budget participatif, les initiatives des espaces de vie sociale et des centres sociaux… » Des visites dans les lieux emblématiques de la démocratie permanente à Tours et un débat sur la démocratie à l’épreuve des « vérités alternatives » sont prévus.